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  • : Marine Girot
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  • : Je suis une globe-trotter invétérée, accessoirement journaliste en recherche d'emploi.

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Mardi 13 octobre 2009
Je ne sais si les gens ont changé depuis mon départ de France ou si mon expérience africaine me rend plus sensible à une réalité qui a toujours existé mais me marquait moins. Je suis terriblement choquée par l'impolitesse de mes concitoyens, qui sont moins citoyens qu'autre chose...
Un exemple pour ceux qui ne verraient pas exactement où je veux en venir : dans le métro aujourd'hui, les gens restaient inamoviblement soudés, littéralement collés à leurs strapontins respectifs, ignorant superbement leurs semblables qui s'entassaient à plus d'une dizaine sur 2m² et se contorsionnaient pour ne pas se marcher sur les pieds.
Il fut un temps où j'aurais harangué la foule, fustigeant les égoïstes coupables, les forçant à se lever pour que tous aient plus de place. Désormais, je n'ai plus le courage de le faire ; l'inertie abrutie d'indifférence de ces êtres primaires me désarme, dès que je pénètre dans les rames bondées, et m'ôte tous mes moyens, ne me laissant qu'un immense épuisement et une profonde tristesse face à cette contemplation !
Les yeux mornes et vides des bêtes qui m'entourent, branchées sur leur monde d'autistes sonores (il existe une variante à tendance extravertie qui tend à faire profiter les voisins de leurs écoutes aux rythmes plus ou moins musicaux et agréables d'ailleurs.), absorbent toute mon énergie et cherchent à m'entraîner dans leur néant. Il me faut toute ma volonté pour résister à cet appel de sirènes apathiques !
Summum de l'individualisme lorsque les relations humaines sont réduites, diminuées, amputées de manière dramatique ! La fonction phatique du langage disparaît peu à peu au profit de la seule "communication" chère à ce siècle "informatico-trouducutal" pour reprendre une expression de Desproges, mon maître à penser si l'on peut dire... Il est vrai que dire "Bonjour" n'est pas rentable ; pourquoi perdre du temps à articuler ce mot qui ne débouche sur aucune transaction, ne rapporte rien ? "S'il vous plaît" est encore utilisé par quelques irréductibles conservateurs réfractaires au progrès positif de la novlangue. Quant à "merci", le mot est en voie de disparition. Et provoque des accès de furie de ma part lorsqu'il manque après un service rendu. "Pardon" est désormais perdu pour la langue française. Je ne l'entends jamais et lorsqu'il m'arrive de le prononcer, je n'ai même pas droit à une reconnaissance de ma tentative de contact humain.
Croisements sans interactions, errements de zombies. Quel est ce monde ? Les gens ont tellement perdu l'habitude du contact réel avec des gens en chair et en os qu'ils perdent leur temps à rechercher leurs semblables dans les plis et replis des forums, chats et sites de rencontres de la toile ?

Et lorsque mes frères humains vivent dans le siècle, ils s'égarent dans des actes qui déshonorent l'humanité toute entière. La philosophie n'est pas qu'une matière un peu futile et aléatoire sanctionnée au bac ; elle est un entraînement constant de l'âme et de la raison ! A l'heure où l'on reconnaît aux militaires la possibilité de refuser un ordre qu'ils jugent contraires à leur conscience, qu'en est-il de la conscience civile ? Je la trouve bien pâteusement engourdie de sommeil ; la chasse aux sans-papiers et aux immigrés en général ne soulève que peu de protestations. A quand un statut des gens du voyage et des étrangers ? A bientôt, si les Français suivent l'exemple de cet employé de la Société Générale qui, non content d'avoir appelé la police pour dénoncer un de ses clients sans-papier (
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gM8OyIgbvBxd3w76LvXprltVYU7w), l'a empêché de quitter la banque en fermant les portes !
Je suis jeune et pourtant fière de mon pays, même si ce n'est plus tellement la mode. Mais je m'enorgueillis surtout de ces valeurs sacrées de liberté, d'égalité, de fraternité, de cette France de la Révolution encore jeune à la démocratie qui posait comme principe de citoyenneté le désir de partager les valeurs du pays, et n'imposait pas de quotas d'immigrés. Je ne suis pas très fière en revanche de l'histoire récente de ce pays que j'aime et suis capable néanmoins de critiquer le cas échéant. Vichy et la colonisation ne sont pas des époques dont on peut tirer quelque fierté. On peut en revanche en tirer quelques enseignements. Et ne pas refaire ce que l'on condamne dans le passé. Sortons des célébrations et des anniversaires ! Vivons dans le présent et tâchons d'améliorer notre futur et de construire un monde vivable pour nous et ceux qui vont nous suivre !
Lorsque ma France s'éloigne trop de l'idéal qui devrait pourtant la définir à tout jamais, je me rechante cette chanson de Marianne Sergeant interprétée par LeForestier dans les années 70 : J'm'en fous d'la France ! Mais c'est parce que, justement, je ne m'en fous pas. Et que j'aimerais que la France reste fidèle à ses idéaux. Les hommes peuvent faillir et les trahir, pas elle !


J'm'en fous de la France,
On m'a menti.
On a profité d'mon enfance
Pour me faire croire à une patrie.

J'demande à voir la liberté,
La liberté qui était marquée
Sur le portail de mon école.
Liberté de chanter,
Mais attention :
Sorti de l'atelier !
Liberté de voir
Les conneries
Débitées dans France Soir !
Liberté de penser
La même chose que la majorité !

J'm'en fous d'la France,
On m'a menti.
On a profité d'mon enfance
Pour me faire croire à une patrie.

J'demande à voir l'égalité,
L'égalité qu'était gravée
Sur le fronton de la mairie.
Egaux ta femme et toi,
Mais pas la paie de fin de mois !
Egaux toi et ton fils,
Quand il aura fait son service !
Egaux les hommes et toi,
Mais s'ils sont plus grands, t'as pas le choix !

J'm'en fous de la France,
On m'a menti.
On a profité d'mon enfance,
Pour me faire croire à une patrie.

J'voudrais voir la fraternité,
La fraternité racontée
Dans le linteau de cette église.
Fraternel, dans les moeurs,
Mais en tenant compte de la couleur !
Fraternel avec celui,
Qu'a pu apprendre à dire merci !
Fraternel, on est tous frères,
Mais à la guerre comme à la guerre !

J'm'en fous d'la France,
On m'a menti.
On a profité d'mon enfance,
Pour me faire croire à des conneries.
Par Marine Girot
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Samedi 3 octobre 2009
Premier jour du mois d'octobre. Mon contrat avec la mairie de Vitry s'est terminé la veille. Mais pas de répit pour autant ; les rechercheurs d'emploi sont les braves des temps modernes...
Réveil à 7 heures. Petit déjeuner. 13 CVs et lettres de motivations imprimés dans une pochette. Me voilà partie pour la journée.
Premier arrêt aux bureaux de Libération. On peut toujours rêver... Pas longtemps ; CV déposé à 9 heures, réponse négative à 10H26. Rapide.
Deuxième arrêt : les bureaux de l'AFP (Agence France Presse pour les non-journalo-jargoneux). Pas moyen de voir qui que ce soit du service des "ressources humaines" (quelle horrible expression - ne sommes-nous, travailleurs, qu'une simple ressource, du bétail mené au travail pour abattre leur quota quotidien ?). Je laisse CV et lettre au "service courrier". Réponse sous un mois. No comment.
Troisième arrêt à la Deutsche Presse Agentur. Adresse trouvée dans l'annuaire. Je n'ai pas trop d'espoir mais comme il fait vivre, je m'y accroche ; on ne sait jamais... Echec. Tant pis, j'aurais essayé !
Reuter ensuite. Je m'accroche. Je suis bilingue. J'ai mes chances. En tout cas, plus qu'avec l'agence de presse allemande... Mais je ne suis pas au bout de mes déceptions. Je suis boulevard Haussmann, au siège de la rédaction mais le service du recrutement se trouve à Puteaux. Too bad ! Je laisse tout de même CV et lettre à l'attention de la rédaction.
En cinq, News Press. Aucune idée de ce qui se cache derrière ce nom mais l'anglais me fait bonne impression. J'arrive à alpaguer un humain et à lui laisser mes deux feuilles qu'il promet d'examiner plus en détail. Bon, c'est toujours ça.
Mon arrêt numéro 6 s'avère être une impasse. Le bâtiment est en voie de démolition. Aucune trace de Point Presse Afrique. Je garde mes papiers et poursuis mon périple.
Associated Press pour finir la matinée. Je laisse mon CV et ma lettre de motivation à une dame qui me dit coup sur coup qu'elle transmettra et que je n'aurai pas de réponse. Ah... Une piste : écrire en anglais à Londres.

Après la pause déjeuner, je reprends mon rythme d'enfer de rechercheuse d'emploi passionnée. Maghreb Arabe Presse n'existe pas non plus. Je commence à me décourager un peu. L'agence ANA ensuite est une gallerie exposant des photographies d'art. Je n'entre même pas.
Dixième arrêt : l'Unesco. Soyons téméraire ; je dépose ma cadidature dans la boite prévue à cet effet même si le gars de l'accueil m'a assurée que je n'aurai pas de réponse. Ce n'est pas comme si c'était nouveau. Et comment suis-je censée trouver un job si je ne compte que sur les CDD et contrats d'intérim de l'ANPE d'un jour (et oui, vous avez bien lu : UN jour !) ?
Un peu avant trois heures, je suis à la Maison de la Radio. Après m'être quelque peu perdue dans les couloirs de la structure tubale, je trouve enfin le bureau d'une journaliste que je connais. J'assiste à l'émission (dans le studio !) et pose ensuite ma candidature. Il me faudra ramener trois sons. Pas de problèmes ! On y pensera.
Je suis à France Télévision un peu après quatre heures. Là encore, on m'envoie au service courrier déposer ma candidature pour l'une des chaînes de télévision du groupe. Parce qu'il serait trop simple, évidemment, que les différentes chaînes, logées dans le même bâtiment, communiquent et s'échangent les candidatures... Mais enfin, passons !
Dernier arrêt à 16H30 à France 24. Je laisse mes deux feuilles à l'accueil pour que ma candidature soit transmise cette fois encore à la direction des ressources humaines. Décidément, j'ai du mal à me faire à cette expression.
Journée finie. Fatigue. Je rentre à la maison, traînant les pieds, comme après une longue journée de travail à faire des ménages dans différentes maisons de Vitry. Je m'endors et me réveille au terminus de ma ligne. Et zut, j'ai loupé mon arrêt. Obligée de repartir une station en arrière.
Vivement la retraite !
Par Марина М
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Mardi 29 septembre 2009
Ce soir, une réponse, sèche, presque méchante. Sans formule de politesse. Tant pis, une réponse reste une réponse. Trois candidatures envoyées. Je repense au fonctionnement communément admis dans ce milieu du "piston". Dommage pour moi, RFI est en pleine activité de licenciement...
Quelle hypocrisie ! Le double langage n'est pas réservé au monde fantastique - et pourtant terriblement semblable à notre réalité actuelle - de 1984 ; lorsque notre petit énergumène de président nous parle, tel un descendant de De Gaulle, qu'il n'est pas et ne sera jamais, du rôle et de la place de la France sur le plan international, mon coeur se serre. Paroles, paroles... des mots, encore des mots, rien que des mots, les mêmes mots... Qui ne sont pas suivis d'actes. Ou bien d'actes complètement opposés !
Comment maintenir la place vacillante de la France dans le monde en supprimant les services en langues étrangères de la seule radio française à l'international ? Les Alliances Françaises ne vont pas remplacer les émissions de radio perdues et le public perdu sera difficile à reconquérir...
J'entends déjà les arguments, creux, imbéciles, vains, s'élever : il y a France 24 ! Ah ! oui. Comme c'est commode ; j'avais oublié que le nouveau est en soi meilleur que l'ancien. Qu'importe qu'RFI soit une chaîne radiophonique bien ancrée, notamment en Afrique francophone ! La télé est mieux ! Que les gens ne regardent pas vraiment la télé sur le continent africain par exemple, mais écoutent volontiers la radio n'entre même pas en ligne de compte dans la décision de sacrifier cette-dernière, même si elle a fait ses preuves, ce qui n'est pas le cas de France 24...
RFI agonise. Elle meurt à petit feu, au rythme de grèves, des jugements, des départs "volontaires". Nous sommes dans l'ère du rendement, même si le concept n'a aucun sens pour une chaîne de radio d'information internationale. Et les journalistes sont entrés dans une logique suicidaire d'arrêt de travail pour protester contre les suppressions de postes.
Certes, la grève est le moyen de lutte classique. Mais lorsque les ouvriers occupaient leur lieu de travail, mettant un coup d'arrêt à la production, leur action était véritablement efficace car les industriels subissaient aussitôt une perte de revenus plus ou moins conséquente selon la durée de la grève. Maintenant, la donne n'est plus la même mais passons pour les entreprises classiques vendant des produits ou services. La radio ne vend rien. L'interruption des programmes à RFI ne gène pas vraiment la femme de notre ex-Médecin du Monde ; elle aurait plutôt tendance à l'arranger. Et ce sont les auditeurs qui finissent par se lasser et abandonner leur radio !
Où est donc passée l'imagination des générations de 68 et d'après ? Pas au pouvoir en tout cas... Ni l'intelligence. Car notre président a beau rappeler le passé, il n'en tire pas les leçons pour le présent. Les déportations de républicains espagnols et de Juifs sont condamnables et l'on doit s'en souvenir pour ne pas répéter les mêmes erreurs, les mêmes horreurs. Mais que dire des déportations d'Africains, de Sud-américains, d'Asiatiques ? Et que le monde entier se soit rendu compte après les années de libéralisme déchaîné de la dame de fer de la nécessité de régulation sociale pour maintenir un monde vivable ne semble pas avoir affecté M. Je-peux-tout-et-je-fais-tout-ce-que-je-veux-parce-que-je-suis-président ! Nous voilà donc repartis pour une nouvelle descente dans l'évolution humaine et sociale. A quand le retour à la loi de la jungle et du plus fort ?
Le monde - et pas uniquement celui de l'emploi - me semble sur une mauvaise pente...
Par Марина М
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Jeudi 24 septembre 2009

Le mois de septembre touche à sa fin. Plus le 1er octobre se rapproche, plus je deviens maussade.
Pas de réponses. Ce soir, pas même une seule offre d'emploi. Et ce n'est pas faute de critères : tout type de poste dans tous les secteurs du journalisme partout en France ! Je n'ai qu'une condition : être payée. Je ne demande pourtant pas la lune ! Ni un CDI... Dois-je en conclure que le temps de l'esclavage sonne à nouveau ? Les entreprises cherchent des stagiaires et des bénévoles mais dès qu'il s'agit de les rémunérer un tant soit peu... Ah ! non, c'est vrai, les stagiaires sont indemnisés maintenant... Employons le terme de servage alors, à peine plus approprié...



Le site de l'ANPE s'amuse à faire des siennes dans la rubrique des professions techniques du journalisme :


"Votre demande n'a pu aboutir en raison d'un problème technique. Veuillez renouveler votre demande en vérifiant vos critères de recherche.
Si le problème persistait, merci de nous en faire part dans la rubrique Ecrivez-nous accessible depuis la page d'accueil".

Ca arrive une fois sur deux. Il faut être persévérant dans la recherche d'emploi ; c'est gentil à l'ANPE de nous entraîner mais je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure façon...



Mes recherches d'emploi parallèles s'avèrent tout aussi infructueuses. Et qu'on ne vienne pas me dire qu'après Sciences Po, une licence d'histoire et une école de journalisme britannique, je ne suis pas capable d'être serveuse parce que je n'ai pas de BTS hôtellerie ou vente en poche, que je ne peux pas faire secrétaire parce que je n'ai pas suivi de cours de secrétariat... Je suis capable de parler aux gens et d'entrer en relation avec eux pour les conseiller et les aider, même si je suis une intellectuelle ! Et je n'ai pas de domestique chargé de répondre au téléphone à ma place donc je pense être également compétente dans ce domaine...
Seule conclusion valable, mais peu réconfortante pour autant : les gens doivent me trouver trop diplômée ; ils pensent certainement que je ne suis pas fiable sur le moyen et long terme car je trouverai un boulot dans ma branche. Ce qu'ils n'ont pas l'air de réaliser, c'est qu'il en faut du temps pour trouver un boulot dans sa branche...

Nom d'un bordel de nonnes en chaleur ! Je ne renoncerai pas ! Car comme disaient Hugo et Ionesco : "s'il n'en reste qu'un, je serai celui là !" "je suis un homme et je le resterai !" Même s'il y a des matins (araignée du matin... et quand on fait le ménage toute la journée, c'est fou ce qu'on en voit des araignées... sans parler des cafards, mais ça, c'est une autre histoire ; et pourtant, cafard, comme soir rime avec espoir... CQFD) où l'on a envie de se tirer une balle dans la tête ! Surtout les matins où l'on entend des traders ou des patrons de banque se plaindre à la radio des mesures évoquées pour éventuellement mettre un terme de manière hypothétique et purement abstraite (n'allons pas trop loin, trop vite ; nous risquerions l'infarctus, à défaut de la Révolution...) aux bonus et autres avantages sonnants et trébuchants, ou du moins leur limitation afin que leur indécente richesse choque moins les yeux incrédules des quiddams pour qui le nombre inconsidéré de zéros après les chiffres de leurs indemnités ne peuvent même pas s'apparenter à quelque chose de connu, de palpable... Longue phrase, je sais - d'autant plus longue que le téléphone m'a interrompu quatre fois en moins de cinq minutes ; je vais finir par devenir la secrétaire de mes parents...

Par Марина М
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Samedi 19 septembre 2009
Maintenant que me voilà en France pour une durée indéterminée et inconnue, mais néanmoins certaine, je suis entrée dans une nouvelle phase de mon existence : la recherche d'emploi.
Afin d'éviter de me tirer une balle dans la tête, de me jeter d'un pont sur l'autoroute ou encore de m'ouvrir les veines dans ma baignoire, je vais donc mettre à profit cet espace pour extérioriser mes angoisses, mes haines, mes déceptions et mes fureurs... Parce que la recherche d'emploi, ce n'est pas simple tous les jours !
Alors, certes, je vais trouver. J'en suis persuadée, comme vous. Mais la question n'est pas celle-ci, c'est celle-là : quand vais-je trouver ?
Et il y a des jours où un emploi, même temporaire me parrait hors d'atteinte de mon futur proche, ce qui n'est pas vraiment pour me remonter le moral ou me motiver pour continuer à candidater chaque soir ou presque. J'ai une bonne moyenne en effet ; pour ce qui concerne ma branche, le journalisme, j'en suis à une candidature par soir, si l'on fait la moyenne de la semaine. Depuis fin août. Quant aux réponses, je peux encore les compter sur les doigts d'une seule main. Déprimant, non ? 5 réponses (négatives, il s'entend !) pour une vingtaine de candidatures... Mais que je ne dérive pas dans la mesquinerie mathématique... Tous ces "biiiiip" de patrons et employeurs de toutes sortes ont certainement de très bonnes raisons pour ne pas faire preuve de la plus simple et élémentaire courtoisie qui demande que toute question (candidature ou autre) soit suivie d'une réponse, de même que lorsque l'on demande une chose et qu'on l'obtient, la politesse nous oblige à dire "merci"...
Bref ! Faisons fi de tout ceci ! Dans ce premier article, je vais vous raconter l'aventure digne d'un mélo ou d'un drame théâtral classique qui m'est arrivée pas plus tard que jeudi de cette semaine, me plongeant dans de torturantes affres.
J'avais candidaté à un poste de JRI (dans le jargon journalistique, c'est comme ça que nous appelons les êtres qui font le boulot de trois personnes pour le salaire d'une seule : journaliste - reporteur d'images, journaliste/caméraman/technicien-monteur). Ledit poste était parfait pour moi (je ne dis pas que je suis nécessairement la meilleure pour tout poste de JRI mais je suis diplômée avec des expériences en tant que stagiaire, sans premier emploi et ce poste s'adressait à des débutants). C'était MON poste : à côté de chez moi, dans mes cordes... J'ai écrit une superbe lettre de motivation. Il fallait en mettre plein la vue et sortir le grand jeu directement ; je ne pouvais pas me permettre d'attendre ou de faire en sorte qu'un autre ait ce poste !
Offre senvoyée vendredi. Lundi, pas de nouvelles. Pourtant, c'est moi qu'ils recherchent. Nécessairement ! Bon, deux autres jours sans nouvelles. Je décide de porter un autre coup en passant directement et me montrant en personne pour signifier mon intérêt, ma motivation, ma persévérance...
Jeudi. 16 heures. J'ai le coeur battant. Je ne sais pas ce que je vais bien pouvoir dire. Je sonne. J'inspire un grand coup. La porte s'ouvre sur un homme.
_ Bonjour.
_ Euh... Bonjour. J'avais envoyé ma candidature pour un poste de JRI il y a une petite semaine et je me demandais si vous aviez déjà décidé quelque chose.
_ Et bien, en fait, le poste est pourvu. Mon coeur, tel un ascenceur décrochant du quinzième étage de l'Empire State Building tombe en flèche au fond de mes entrailles, emportant avec lui mes intestins et tout ce qui se trouve dans sa ligne de chute.
Aïe ! Mais ce n'est pas fini encore. L'homme m'explique que "la personne" va venir signer à l'instant. Et qu'il m'a pris pour elle.
Aïe, aïe ! Et là, je suppose que quelque chose dans ma figure montre mon dépit profond que j'essaye pourtant de cacher un peu cependant, parce qu'il me dit, qu'elle vient de la "presse pro". Après cet horrible situation, vient un quiproquo au moins aussi terrible.
Je rassemble mes dernières armes. Je ne le laisserai pas m'abattre sans me battre jusqu'au bout. Réflexe de désespérée acculée à ses derniers retranchements. Je viens moi aussi de la presse pro !
_ Ah bon ? (espoir, futile espérance, mais à quoi ne se raccroche pas l'âme sur le point de sombrer dans les profondeurs abysmales du désespoir ?) J'essaye d'accrocher sa curiosité en pointant pêle mêle les points les plus intéressants de mon CV (mes expériences à la BBC, Cardiff University...). Peut-être ma candidature lui a-t-elle échappé...
Non. L'homme met fin au quiproquo et emporte mes derniers espoirs avec. Elle vient du monde de l'entreprise. Double profil auquel il ne songeait pas en rédigeant l'annonce mais qui l'a tout de suite séduit. Je comprends mais je brûle et fonds intéreieurement sur place.
Pourquoi ? Pourquoi ? Je ramasse mes restes éparpillés un peu partout sur le champ de bataille et bats en retraite. Je parviens à articuler un "merci. Au revoir". Comme dans un brouillard, je l'entends me dire : "bonne chance pour votre recherche d'emploi". Je veux hurler. Je suis anéantie. Je rentre. Passe m'acheter du fromage et du chocolat.
Enfin, à la maison, je peux laisser mes larmes couler et me soulager. Je m'étais vraiment investie dans ce poste, MON poste. Et il m'est passé sous le nez. Sans un mot d'avertissement. Je n'ai reçu un mail de refus que le lendemain. Peut-être ma visite l'a-t-il obligé à me répondre, bien qu'avec du retard...
Ce soir, pas de candidature envoyée. Mais deux le lendemain ; il faut bien conserver la moyenne !
Par Марина М
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