Mes chers camarades d’infortune non-fumeuse, l’heure est dure !
Depuis la loi interdisant aux fumeurs d’empuantir les lieux publics clos, il nous est, certes, désormais possible de respirer, sans subir les effluves malodorantes des cigarettes et autres cigares de nos collègues au bureau, et de nos concitoyens au cinéma, notamment. En revanche, ces accrocs au tabac se sont bien vengés de leur ostracisme des endroits fermés, en colonisant - en groupes, s’il vous plaît - les trottoirs et autres lieux publics ouverts. Résultat, lorsque nous décidons de sortir prendre un bol d’air, nous suffoquons sous une chape de fumée, dense, longue de plusieurs mètres parfois, lorsque les employés des bureaux voisins semblent tous se donner le mot pour sortir empoisonner l’air public de la rue au même moment !
Aujourd’hui, la guerre déclarée par les fumeurs aux non-atteints a commencé dès 6H15, sur le quai du métro. Une odeur âcre et violente m’a fait plisser le nez. J’ai suivi la direction de la piste. Et la coupable s’est offerte à mes yeux, indifférente au dégoût qu’elle soulevait en moi, sa cigarette à la main. Une fois le métro arrivé et arrêté, sans même reprendre une dernière bouffée de son nuisible et inutile bout de passetemps et prétexte de sociabilité, elle l’a jeté, sans un regard en arrière, sans gêne ni mauvaise conscience écologique ou citoyenne, sur le sol, la fumée continuant de vicier l’air.
A peine sortie du métro, ensuite, la lutte, inégale et injuste, s’est poursuivie. Alors que je montais les marches au bout du quai, avant même d’avoir franchi les portiques de sortie de la station, la même désagréable puanteur est venue frapper mes narines. Un homme, également accroc à cette drogue tabagique, sans doute épuisé par le sevrage auquel le trajet l’avait condamné pour une heure, avait allumé son bâtonnet toxique d’acétate de cellulose, monoxyde de carbone, nicotine et goudron, dont il laissait la fumée envahir ce lieu pourtant clos. J’ai donc fui les lieux et couru jusqu’à m’extirper de ce sous-terrain empoisonné pour me réfugier à l’air libre !
Mais là, alors même que je me croyais sauvée, plusieurs énergumènes affublés de cette néfaste passion pour le tabac m’ont encerclée de leurs effluves, auxquelles je n’ai pu échapper que bien plus loin, marchant aussi vite que possible, afin de mettre le plus de distance possible entre ma personne et leur mouvante fumée, retenant ma respiration jusqu’à ce que le souffle me manque.
Une fois hors d’atteinte, j’ai réfléchi à ma vengeance. J’aimerai enfermer tous ces fumeurs indélicats dans une pièce close où se consumeraient des milliers de cigarettes, sans cesse renouvelées, hors de leur atteinte, pour qu’ils se sentent aussi misérables et impuissants dans ce nuage toxique que leurs frères passifs, à qui ils imposent leur choix, sans jamais se demander s’ils les incommodent !
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