Un exemple pour ceux qui ne verraient pas exactement où je veux en venir : dans le métro aujourd'hui, les gens restaient inamoviblement soudés, littéralement collés à leurs strapontins respectifs, ignorant superbement leurs semblables qui s'entassaient à plus d'une dizaine sur 2m² et se contorsionnaient pour ne pas se marcher sur les pieds.
Il fut un temps où j'aurais harangué la foule, fustigeant les égoïstes coupables, les forçant à se lever pour que tous aient plus de place. Désormais, je n'ai plus le courage de le faire ; l'inertie abrutie d'indifférence de ces êtres primaires me désarme, dès que je pénètre dans les rames bondées, et m'ôte tous mes moyens, ne me laissant qu'un immense épuisement et une profonde tristesse face à cette contemplation !
Les yeux mornes et vides des bêtes qui m'entourent, branchées sur leur monde d'autistes sonores (il existe une variante à tendance extravertie qui tend à faire profiter les voisins de leurs écoutes aux rythmes plus ou moins musicaux et agréables d'ailleurs.), absorbent toute mon énergie et cherchent à m'entraîner dans leur néant. Il me faut toute ma volonté pour résister à cet appel de sirènes apathiques !
Summum de l'individualisme lorsque les relations humaines sont réduites, diminuées, amputées de manière dramatique ! La fonction phatique du langage disparaît peu à peu au profit de la seule "communication" chère à ce siècle "informatico-trouducutal" pour reprendre une expression de Desproges, mon maître à penser si l'on peut dire... Il est vrai que dire "Bonjour" n'est pas rentable ; pourquoi perdre du temps à articuler ce mot qui ne débouche sur aucune transaction, ne rapporte rien ? "S'il vous plaît" est encore utilisé par quelques irréductibles conservateurs réfractaires au progrès positif de la novlangue. Quant à "merci", le mot est en voie de disparition. Et provoque des accès de furie de ma part lorsqu'il manque après un service rendu. "Pardon" est désormais perdu pour la langue française. Je ne l'entends jamais et lorsqu'il m'arrive de le prononcer, je n'ai même pas droit à une reconnaissance de ma tentative de contact humain.
Croisements sans interactions, errements de zombies. Quel est ce monde ? Les gens ont tellement perdu l'habitude du contact réel avec des gens en chair et en os qu'ils perdent leur temps à rechercher leurs semblables dans les plis et replis des forums, chats et sites de rencontres de la toile ?
Et lorsque mes frères humains vivent dans le siècle, ils s'égarent dans des actes qui déshonorent l'humanité toute entière. La philosophie n'est pas qu'une matière un peu futile et aléatoire sanctionnée au bac ; elle est un entraînement constant de l'âme et de la raison ! A l'heure où l'on reconnaît aux militaires la possibilité de refuser un ordre qu'ils jugent contraires à leur conscience, qu'en est-il de la conscience civile ? Je la trouve bien pâteusement engourdie de sommeil ; la chasse aux sans-papiers et aux immigrés en général ne soulève que peu de protestations. A quand un statut des gens du voyage et des étrangers ? A bientôt, si les Français suivent l'exemple de cet employé de la Société Générale qui, non content d'avoir appelé la police pour dénoncer un de ses clients sans-papier (http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5gM8OyIgbvBxd3w76LvXprltVYU7w), l'a empêché de quitter la banque en fermant les portes !
Je suis jeune et pourtant fière de mon pays, même si ce n'est plus tellement la mode. Mais je m'enorgueillis surtout de ces valeurs sacrées de liberté, d'égalité, de fraternité, de cette France de la Révolution encore jeune à la démocratie qui posait comme principe de citoyenneté le désir de partager les valeurs du pays, et n'imposait pas de quotas d'immigrés. Je ne suis pas très fière en revanche de l'histoire récente de ce pays que j'aime et suis capable néanmoins de critiquer le cas échéant. Vichy et la colonisation ne sont pas des époques dont on peut tirer quelque fierté. On peut en revanche en tirer quelques enseignements. Et ne pas refaire ce que l'on condamne dans le passé. Sortons des célébrations et des anniversaires ! Vivons dans le présent et tâchons d'améliorer notre futur et de construire un monde vivable pour nous et ceux qui vont nous suivre !
Lorsque ma France s'éloigne trop de l'idéal qui devrait pourtant la définir à tout jamais, je me rechante cette chanson de Marianne Sergeant interprétée par LeForestier dans les années 70 : J'm'en fous d'la France ! Mais c'est parce que, justement, je ne m'en fous pas. Et que j'aimerais que la France reste fidèle à ses idéaux. Les hommes peuvent faillir et les trahir, pas elle !
J'm'en fous de la France,
On m'a menti.
On a profité d'mon enfance
Pour me faire croire à une patrie.
J'demande à voir la liberté,
La liberté qui était marquée
Sur le portail de mon école.
Liberté de chanter,
Mais attention :
Sorti de l'atelier !
Liberté de voir
Les conneries
Débitées dans France Soir !
Liberté de penser
La même chose que la majorité !
J'm'en fous d'la France,
On m'a menti.
On a profité d'mon enfance
Pour me faire croire à une patrie.
J'demande à voir l'égalité,
L'égalité qu'était gravée
Sur le fronton de la mairie.
Egaux ta femme et toi,
Mais pas la paie de fin de mois !
Egaux toi et ton fils,
Quand il aura fait son service !
Egaux les hommes et toi,
Mais s'ils sont plus grands, t'as pas le choix !
J'm'en fous de la France,
On m'a menti.
On a profité d'mon enfance,
Pour me faire croire à une patrie.
J'voudrais voir la fraternité,
La fraternité racontée
Dans le linteau de cette église.
Fraternel, dans les moeurs,
Mais en tenant compte de la couleur !
Fraternel avec celui,
Qu'a pu apprendre à dire merci !
Fraternel, on est tous frères,
Mais à la guerre comme à la guerre !
J'm'en fous d'la France,
On m'a menti.
On a profité d'mon enfance,
Pour me faire croire à des conneries.